L'appel à projets « Apport du BIM pour la mise en œuvre du référentiel
E+C- », référence PTNB-11-15, a été publié le
21 septembre 2017. Deux retours d'expérience en sont issus : un premier
rapport en phase réalisation (2017, 22 pages), puis le REX BIM & E+C- du
28 août 2018 (22 pages). Le support était la construction d'un EHPAD à
Barbentane (13570), réceptionné en novembre 2017.
La méthode tient en une phrase : le calcul a été mené deux fois, par deux chemins
différents, depuis la maquette IFC en logique conception, puis depuis
le DQE de l'entreprise en logique recollement, puis comparé. C'est ce qui
rend le résultat utile au-delà de l'opération.
Ce que le calcul a révélé
Dans le cadre strict du référentiel, l'opération n'atteint pas le niveau C1.
Mais 32,9 % de son empreinte (planchers 25,4 %, murs intérieurs béton 7,5 %)
provient de postes saisis en données environnementales génériques par défaut
(MDEGD), pénalisées d'un coefficient de 1,3 à 2 faute de fiches
disponibles dans la base INIES à cette date. Le bâtiment était donc pénalisé par l'état de la
base de données autant que par sa conception.
Second constat, plus structurant : l'énergie pèse 730 kg éqCO₂/m² SDP, soit 36,5 %
du total, du fait du gaz en chauffage et en eau chaude sanitaire. Or si les produits de
construction descendaient au maximum admissible de 762 kg éqCO₂/m² SDP, il ne
resterait que 114 kg éqCO₂/m² SDP pour absorber ces 730. Autrement dit :
le vecteur gaz rendait le niveau C2 inatteignable et imposait un niveau E3,
voire E4. Ce n'est pas un résultat de projet, c'est une contrainte d'arithmétique
réglementaire, et elle valait pour toute la filière.
La reprise du calcul avec des données réelles
Puisque les données par défaut portaient un tiers du résultat, le calcul a été repris hors du
cadre E+C-, en s'appuyant sur les données béton de l'ATILH et du CERIB :
22 formulations de béton réellement livrées sur le chantier ont été collectées
puis modélisées pour établir des fiches propres à l'opération, et les dalles alvéolées
(16, 20 et 24 cm) comme les prédalles (5 et 6 cm) saisies à leur
épaisseur réelle. L'écart entre l'impact réglementaire du béton et son impact
réel apparaît alors clairement.
Les enseignements versés à la filière
- Un export IFC réalisé sans l'option d'export des quantités de base rend les
quantités indétectables : toute la saisie est à refaire sur une nouvelle maquette.
- La maquette était très détaillée en structure et en CVC, mais les VRD en étaient
absents, un poste qui n'est pas négligeable dans le calcul.
- La base INIES était incomplète à cette date sur des postes courants :
planchers béton, murs de refend, membranes d'étanchéité, pare-vapeur, résilients
acoustiques, cloisons, huisseries.
- Un plancher décrit « 29 cm de dalles alvéolées » est en réalité une dalle alvéolée
de 24 cm plus 5 cm de dalle de compression : l'épaisseur nominale ne
doit jamais être saisie telle quelle.
- Recommandation opérationnelle : en conception, l'ACV exige un DPGF complet par
lot produit très en amont ; en réalisation, le DQE détaillé est le support le
plus fiable, à condition de proscrire le « Ens = 1 » et de
disposer de quantités par bâtiment.
Le retour d'expérience a également chiffré le surcoût de la maquette numérique
(35 k€ en phase conception et 15 k€ en phase réalisation,
maquette DOE comprise) et a alimenté l'observatoire national E+C- sur ses
trois volets énergie, carbone et financier.
Aucun label, aucune certification n'est revendiquée sur ce
travail. E+C- était une expérimentation, pas un référentiel
certifiable, et le rapport conclut explicitement que l'opération n'atteint pas l'objectif C1.
Ce qui est revendiqué ici est la production du retour d'expérience, et rien d'autre.